La remédiation cognitive aide à exercer ses capacités cognitives et à développer des stratégies pour les utiliser au quotidien. Selon le programme, elle peut porter sur l’attention, la mémoire, la planification, la flexibilité cognitive ou la résolution de problèmes. L’objectif n’est pas simplement d’obtenir un meilleur score à un exercice sur ordinateur, mais de mieux participer aux activités qui comptent pour la personne.
Ce terme recouvre différentes interventions structurées, dont les données scientifiques ne sont pas identiques d’un trouble à l’autre. Un programme conçu pour la schizophrénie ne doit pas être présenté d’emblée comme un traitement de la démence, d’un trouble des conduites alimentaires ou de toute difficulté décrite comme un brouillard mental.
Qu’est-ce que la remédiation cognitive ?
La remédiation cognitive, parfois désignée par les sigles anglais CR ou CRT, associe des exercices à un accompagnement pour comprendre et gérer les difficultés cognitives. Un thérapeute peut vous aider à repérer une stratégie efficace, à observer dans quelles circonstances elle fonctionne et à envisager d’autres situations où elle pourrait être utile.
Les concepteurs de CIRCuiTS décrivent un programme encadré par un thérapeute, qui utilise des tâches abstraites et des tâches de la vie quotidienne, en veillant au transfert des compétences au-delà de l’ordinateur. Il s’agit d’une approche bien définie, et non d’un terme désignant tout entraînement cognitif.
Demandez quel programme vous est proposé et en quoi il consiste. L’expression « entraînement cérébral » ne renseigne guère, à elle seule, sur le rôle du professionnel, les recherches menées ou les résultats visés.
Quelles capacités cognitives peuvent être travaillées ?
L’attention permet de se concentrer sur les informations pertinentes et de gérer les distractions. La mémoire permet d’apprendre, de conserver et de retrouver des informations. La planification et la flexibilité cognitive aident à organiser les étapes d’une tâche et à s’adapter lorsque les circonstances changent.
Ces fonctions interviennent souvent ensemble. Préparer un repas, par exemple, peut nécessiter de se souvenir des ingrédients, d’ordonner les tâches et de s’adapter lorsqu’un ingrédient manque. Une difficulté à une seule étape peut rendre l’ensemble de l’activité difficile à gérer.
L’évaluation doit cerner la difficulté réelle plutôt que de supposer que tout rendez-vous manqué traduit un problème de mémoire. La personne peut avoir des difficultés liées au sommeil, aux transports, à l’anxiété, à la compréhension des consignes ou à plusieurs obstacles simultanés.
L’évaluation avant de commencer la prise en charge
Décrivez les situations dans lesquelles vos capacités cognitives vous semblent mises en difficulté, depuis combien de temps cela dure et s’il s’agit d’un changement. Les informations utiles peuvent concerner votre état de santé, vos médicaments, votre sommeil, votre humeur et les examens déjà réalisés.
L’audition, la vision, la langue et le parcours scolaire peuvent influencer les performances à un exercice. Un résultat de test doit être interprété dans ce contexte, et non considéré comme une mesure directe de la motivation ou de l’intelligence.
Le guide sur les difficultés de mémoire explique pourquoi l’évaluation est importante. Une confusion soudaine ou un changement neurologique nouveau et important nécessite une prise en charge médicale, et non un rendez-vous pour pratiquer des exercices cognitifs.
Comment une séance peut-elle se dérouler ?
Une séance peut commencer par un point sur un objectif personnel et sur les difficultés rencontrées depuis le rendez-vous précédent. Vous réalisez ensuite des exercices choisis, avec l’aide du thérapeute pour examiner votre manière de les aborder.
L’échange peut être aussi important que la réalisation de l’exercice. Avez-vous été trop vite, perdu le fil d’une étape ou trouvé une manière utile d’organiser les informations ? L’objectif est de repérer une approche que vous pourrez réutiliser consciemment.
Les exercices doivent être suffisamment exigeants pour être utiles, sans devenir une source répétée de découragement. Demandez des explications lorsqu’un exercice vous semble sans rapport avec vos objectifs ou dépasse systématiquement vos capacités actuelles.
Des stratégies, et pas seulement de la répétition
La répétition des exercices peut être plus utile lorsque vous comprenez ce qui vous aide. Une stratégie peut consister à regrouper les informations, à vérifier un plan avant de commencer ou à utiliser un repère écrit pour moins solliciter la mémoire.
Par exemple, une personne qui perd régulièrement le fil d’une tâche pourrait essayer une courte liste de vérification, puis examiner si celle-ci l’a aidée à aller jusqu’au bout. Cette liste est une aide pratique, et non la preuve que la personne n’a pas réussi à devenir autonome.
Les stratégies adaptées varient d’une personne à l’autre. L’objectif n’est pas d’imposer un mode d’apprentissage privilégié, mais de trouver des approches efficaces et utilisables dans les situations que vous rencontrez.
Transférer les acquis dans la vie quotidienne
Une personne peut progresser dans un jeu familier sans constater beaucoup de changements en dehors des séances. La remédiation cognitive doit donc préciser comment les exercices seront reliés à une activité concrète, comme les études, les courses, la communication ou le travail.
La présentation de la cognition fonctionnelle par l’AOTA met l’accent sur les capacités cognitives dans le contexte des tâches quotidiennes. Cette approche aide à déterminer si l’amélioration d’un résultat de test se traduit par un changement significatif.
Un exercice de transfert peut consister à essayer une stratégie de planification au cours d’une activité familière, puis à discuter de ce qui s’est passé. Réussir peut aussi signifier comprendre que l’environnement ou le niveau d’aide doit être adapté, et pas seulement effectuer la tâche plus vite.
Les données scientifiques dans la schizophrénie
Un essai randomisé de CIRCuiTS mené auprès de 93 personnes présentant une schizophrénie a comparé le programme associé au traitement habituel au traitement habituel seul. La mémoire visuelle s’est améliorée après le traitement et lors du suivi ; le fonctionnement dans la vie sociale s’est amélioré immédiatement après le traitement, mais pas lors du suivi ultérieur.
Cette distinction est importante. L’étude étaye des bénéfices possibles d’une intervention définie, mais ne démontre ni une amélioration de toutes les fonctions cognitives ni le maintien de tous les acquis sans soutien supplémentaire.
Le guide sur le traitement de la schizophrénie situe le travail cognitif aux côtés des autres soins. Le programme ne doit pas être présenté comme un substitut au traitement des symptômes psychotiques ou à la réadaptation dans les activités quotidiennes.
Réadaptation, études et emploi
Les recommandations du NICE pour les adultes présentant des troubles psychotiques complexes préconisent d’envisager la remédiation cognitive en complément de la réadaptation professionnelle. Il s’agit de relier l’entraînement à un objectif concret, plutôt que de supposer que les exercices cognitifs suffiront à eux seuls à permettre l’accès à l’emploi.
Un étudiant peut avoir besoin d’aide pour organiser son travail universitaire, tandis qu’une personne reprenant un emploi peut avoir besoin de consignes adaptées ou d’un enchaînement de tâches qu’elle puisse gérer. L’objectif pertinent dépend des priorités et de la situation de la personne.
L’emploi rémunéré n’est pas le seul résultat qui compte. La participation à la vie familiale, aux loisirs ou aux activités de la communauté peut être tout aussi importante et ne doit pas être considérée comme un progrès de moindre valeur.
Pourquoi les données ne peuvent pas être transposées d’un trouble à l’autre
La remédiation cognitive a également été étudiée dans les troubles des conduites alimentaires, mais de meilleures performances à un exercice cognitif ne signifient pas nécessairement une amélioration du rétablissement nutritionnel ou psychologique.
Dans un essai randomisé mené auprès de 167 personnes présentant une anorexie mentale, l’ajout de la CRT aux soins hospitaliers n’a pas davantage amélioré l’indice de masse corporelle, les symptômes du trouble alimentaire ou la qualité de vie que l’ajout de l’art-thérapie, lors de l’évaluation de suivi principale.
Ce résultat ne répond pas à toutes les questions de recherche, mais il va à l’encontre d’une présentation de la CRT comme un substitut dont l’efficacité serait établie au traitement des troubles des conduites alimentaires. Le guide sur l’anorexie explique la nécessité de soins psychologiques, nutritionnels et médicaux adaptés à ce trouble.
Ce qui distingue la CRT de la TCC et du neurofeedback
La thérapie cognitivo-comportementale examine les liens entre pensées, émotions et comportements dans le cadre d’une compréhension psychologique de la situation. La remédiation cognitive cible plus directement les processus cognitifs et les stratégies au moyen d’exercices.
Le neurofeedback utilise un retour d’information sur l’activité cérébrale mesurée et constitue une intervention distincte. La remédiation cognitive classique sur ordinateur ne nécessite ni l’enregistrement des ondes cérébrales ni la stimulation du cerveau.
Des termes proches peuvent prêter à confusion. Demandez au professionnel de décrire les activités, le matériel et les objectifs cliniques réels, plutôt que de choisir sur la seule base d’une appellation contenant « cognitif » ou « neuro ».
Ordinateur, exercices sur papier et accessibilité
Certains programmes sont informatisés, tandis que d’autres utilisent des exercices sur papier ou combinent plusieurs formats. Vous ne devriez pas avoir besoin d’être à l’aise avec l’informatique avant que le thérapeute vous explique le fonctionnement du système et vérifie s’il vous convient.
Évoquez vos besoins visuels ou auditifs, la langue, vos sensibilités sensorielles et les difficultés éventuelles à utiliser un clavier ou un écran tactile. Un format qui crée un obstacle évitable peut nécessiter une adaptation ou un remplacement.
Pour les séances à distance, renseignez-vous sur la confidentialité, l’aide disponible si vous ressentez de la frustration et la manière dont les difficultés seront examinées. L’accès à un logiciel ne constitue pas, à lui seul, l’équivalent d’un programme clinique accompagné.
Fatigue, frustration et adaptation du rythme
Les exercices cognitifs peuvent être fatigants, surtout lorsqu’une personne ne va pas bien ou s’inquiète de ses capacités. Le programme doit prévoir des pauses et adapter les exigences, plutôt que d’interpréter la fatigue comme un manque de volonté de travailler.
Les ressources en neuropsychologie de University Hospitals Sussex décrivent des approches pratiques, comme réduire les distractions, décomposer les tâches et prévoir des pauses. Ce sont des stratégies à envisager, et non la preuve d’un diagnostic particulier.
Signalez au professionnel si les séances vous laissent en détresse, vous font éprouver de la honte ou vous empêchent de gérer le reste de votre journée. L’objectif est une réadaptation utile, et non la répétition d’un sentiment d’échec.
Évaluer les progrès et l’ensemble de la prise en charge
Convenez à la fois de critères d’évaluation fondés sur les exercices et d’un objectif dans la vie quotidienne. Réaliser une activité familière avec moins de rappels ou d’incitations peut compter davantage qu’un meilleur score à un jeu sans effet perceptible ailleurs.
L’ergothérapie, un accompagnement dans les études ou d’autres formes de réadaptation peuvent aider à relier les acquis aux exigences du quotidien. Une réévaluation du traitement médicamenteux peut également être pertinente lorsque des effets indésirables ou des symptômes non traités affectent la concentration.
Si les progrès sont limités, réexaminez l’évaluation et l’intervention. Multiplier les exercices n’est pas toujours la solution ; la personne peut avoir besoin d’une autre stratégie, d’un autre environnement ou d’une autre forme de soins.
Choisir un programme
Renseignez-vous sur les qualifications du professionnel, sa formation au programme concerné et son expérience auprès de personnes présentant votre trouble. Clarifiez le temps et l’implication attendus, les coûts, les étapes de réévaluation et la manière dont le service définit un résultat utile.
Soyez prudent face aux promesses de prévenir la démence, d’accroître l’intelligence ou de reconfigurer durablement le cerveau sans données propres au trouble concerné. Les affirmations d’une application commerciale ne doivent pas être acceptées au seul motif qu’elles emploient un vocabulaire scientifique.
Avant de terminer la prise en charge, identifiez les stratégies qui restent utiles, les domaines où une aide est encore nécessaire et la manière de demander une nouvelle évaluation si vos capacités cognitives changent. Un récapitulatif écrit peut faciliter concrètement cette transition.
Questions fréquentes sur la remédiation cognitive
La CRT est-elle un test d’intelligence ?
Non. Elle vise à exercer des capacités et à développer des stratégies, pas à attribuer une valeur à votre intelligence. Toute évaluation doit être interprétée dans son contexte et reliée à un objectif concret de prise en charge.
Est-ce la même chose que les jeux d’entraînement cérébral ?
Pas nécessairement. Un programme clinique comprend une évaluation, l’intervention d’un professionnel formé et une démarche pour utiliser les acquis au quotidien. Les données en faveur d’un programme ne valident pas tous les jeux commerciaux.
Faut-il savoir utiliser un ordinateur ?
En général, non, mais le format doit vous convenir. Demandez une démonstration et évoquez vos besoins d’accessibilité. Les difficultés à utiliser le matériel ne doivent pas être confondues avec les résultats de la prise en charge cognitive.
La remédiation cognitive peut-elle remplacer les médicaments ?
Pas d’emblée. Elle concerne généralement un autre aspect de la prise en charge. Toute modification du traitement médicamenteux doit être discutée avec le prescripteur, et non décidée de votre propre initiative parce qu’un entraînement cognitif a commencé.
Combien de temps dure la prise en charge ?
La fréquence et la durée varient selon les programmes. Demandez un programme initial et des étapes de réévaluation, plutôt qu’une garantie de résultat après un nombre fixe de séances.
Que faire si mes scores aux tests s’améliorent, mais pas mon quotidien ?
Abordez cette question lors de la réévaluation. Le programme peut nécessiter des liens plus étroits avec les tâches quotidiennes, des adaptations pratiques ou un autre type d’accompagnement. Mieux réussir un exercice familier n’est pas le seul objectif.
Envisager la prochaine étape
Une évaluation clinique peut aider à mieux comprendre les difficultés cognitives et à déterminer l’accompagnement adapté. Contactez VAYEMA pour discuter des changements que vous avez remarqués et des activités pour lesquelles vous souhaitez de l’aide.
Sources et lectures complémentaires
- CIRCuiTS : présentation du programme
- Essai randomisé de CIRCuiTS dans la schizophrénie
- NICE NG181 : remédiation cognitive et réadaptation
- Essai de remédiation cognitive dans l’anorexie mentale
- AOTA : cognition fonctionnelle
- University Hospitals Sussex : stratégies cognitives
Troubles et préoccupations associés
Ces liens expliquent le contexte plus large de la prise en charge. Ils ne signifient pas que cette approche est recommandée pour toute personne présentant ce trouble. Consultez le guide de traitement du trouble pour comprendre les autres possibilités et le rôle de l’évaluation clinique.