Comprendre le trouble

Maladie chronique et santé mentale : comprendre les répercussions

Revu sur le plan clinique Dr. Sarah Boss, MD

Mis à jour le

Vivre avec une maladie chronique peut avoir des répercussions bien au-delà de la partie du corps qui fait l’objet de soins. Les rendez-vous, les symptômes, l’incertitude et les changements dans la vie quotidienne peuvent affecter l’humeur, les relations et la confiance en soi. Un soutien psychologique peut vous aider à faire face à ces expériences, sans laisser entendre que la maladie physique est imaginaire. Certaines personnes ont besoin d’aide pour s’adapter à des circonstances difficiles ; d’autres développent aussi une dépression ou une anxiété qui mérite une évaluation et une prise en charge spécifiques.

Les répercussions émotionnelles peuvent évoluer avec le temps

L’annonce d’un diagnostic peut d’abord susciter un choc, un soulagement, de la peur ou plusieurs réactions à la fois. Par la suite, les difficultés peuvent tenir au poids des traitements, à l’incertitude ou aux efforts nécessaires pour gérer des symptômes invisibles aux yeux des autres. Aucune réaction émotionnelle ne prouve, à elle seule, que vous faites bien ou mal face à la situation. Un soutien peut être utile au moment du diagnostic, pendant le traitement ou des années plus tard, lorsque les circonstances changent.

Le NIMH décrit plusieurs liens entre maladie chronique et dépression, notamment les difficultés liées à la maladie, ses effets biologiques et des facteurs liés aux médicaments. [1] Ces liens ne signifient pas que toute personne atteinte d’une maladie chronique développera une dépression. L’essentiel est de comprendre ce que vous vivez actuellement, les répercussions sur votre vie et le type d’aide qui pourrait rendre cette expérience plus supportable.

Les difficultés d’adaptation ne constituent pas nécessairement un trouble psychiatrique

La tristesse, la frustration et l’inquiétude peuvent être des réactions compréhensibles face à la maladie. Elles ne signalent pas nécessairement un trouble distinct. Pour autant, le fait que votre souffrance ait une raison compréhensible n’exclut pas une dépression et ne signifie pas que vous devez supporter des symptômes sévères sans traitement. Un professionnel doit examiner leur persistance, leur intensité, leurs répercussions sur votre vie et leur contexte, sans supposer que toute émotion difficile relève d’une maladie, ni que toute souffrance est inévitable. [1,2]

Vous pouvez demander du soutien sans avoir à déterminer vous-même quelle explication s’applique à votre situation. Un échange peut porter sur la manière de faire face à l’incertitude, d’exprimer vos besoins ou de prendre une décision difficile, même si aucun diagnostic supplémentaire n’est posé. L’objectif n’est pas de médicaliser chaque réaction, mais de comprendre quand un soutien, une intervention psychologique spécifique ou une évaluation clinique plus complète serait utile.

La dépression peut présenter des symptômes communs avec la maladie physique

La fatigue, les troubles du sommeil, les changements d’appétit et les difficultés de concentration peuvent être liés à une maladie physique, à une dépression, aux effets d’un traitement ou à plusieurs de ces facteurs. L’évaluation ne peut donc pas se limiter à compter les symptômes. Les recommandations du NICE sur la dépression associée à une maladie physique chronique invitent les professionnels à prendre en compte les répercussions sur la vie quotidienne, les antécédents, les relations et le contexte général, en plus des symptômes actuels. [2]

Parlez au professionnel des changements concernant le plaisir, l’espoir, l’intérêt pour les activités et le regard que vous portez sur vous-même, et pas seulement de votre énergie ou de votre sommeil. Notre guide sur la dépression décrit plus en détail cet ensemble de manifestations. Un diagnostic de maladie physique ne doit pas empêcher de prendre en compte la santé mentale. Inversement, un diagnostic de dépression ne doit pas servir à expliquer tout nouveau symptôme physique sans une évaluation appropriée.

L’anxiété peut porter sur une incertitude réelle

Les inquiétudes peuvent concerner les symptômes, le prochain rendez-vous, les décisions de traitement ou les effets de la maladie sur vos proches. Certaines incertitudes sont réelles, et une thérapie ne doit pas prétendre qu’une évolution défavorable est impossible. Elle peut aider à distinguer une question concrète qui nécessite des informations médicales d’un enchaînement répétitif d’inquiétudes qui occupe toute la journée sans faire avancer la décision.

Par exemple, interroger un spécialiste sur un nouveau symptôme est différent de rechercher sans cesse la certitude que rien ne pourra jamais mal se passer. Dans les deux cas, vous pouvez ressentir un besoin urgent de réponse. Le guide sur l’anxiété liée à la santé aborde un mécanisme proche, mais s’inquiéter d’une maladie diagnostiquée ne relève pas automatiquement de ce type d’anxiété. L’évaluation doit tenir compte de la réalité de la situation médicale.

Les changements d’identité et d’autonomie peuvent être importants

La maladie peut modifier votre travail, votre rôle dans la famille, votre confiance dans votre corps ou le sentiment de pouvoir faire librement des projets. Avoir besoin d’aide peut susciter des sentiments ambivalents, même lorsque cette aide est bienvenue. Vous pouvez regretter votre quotidien d’avant tout en restant attaché à la vie et en cherchant des façons réalistes d’avancer. Ces expériences peuvent être abordées sans devoir présenter un récit de rétablissement optimiste ni vous comparer à une personne dont la maladie semble plus grave.

Une question utile consiste à identifier les aspects de votre identité que vous souhaitez préserver ou retrouver. Il peut s’agir d’une relation, d’une activité créative ou d’une plus grande place dans les décisions concernant vos soins. Les objectifs doivent tenir compte des limites réelles liées à votre santé, sans laisser entendre que la volonté seule permet de reprendre toutes vos anciennes activités. Le soutien psychologique doit laisser une place à la fois aux pertes vécues et aux choix qui restent possibles.

La charge des soins fait partie de la situation

Gérer une maladie peut impliquer des horaires de prise de médicaments, des rendez-vous répétés, des démarches administratives, des frais liés aux soins et des conseils contradictoires. Ces tâches peuvent être très exigeantes, en plus des symptômes eux-mêmes. NHS England reconnaît qu’un manque de coordination entre les soins de santé mentale et les soins physiques peut compliquer la vie des patients, et que la coordination des soins est importante pour les personnes atteintes de maladies chroniques. [3]

Expliquez ce qui rend votre programme de soins difficile à mettre en œuvre, et pas seulement si vous le suivez ou non. Les déplacements, la fatigue, l’accessibilité ou des consignes peu claires peuvent constituer des obstacles sur lesquels il est possible d’agir. Un rendez-vous manqué ou des difficultés à suivre une recommandation devraient amener à rechercher ce qui a posé problème, plutôt qu’à supposer d’emblée que vous ne vous souciez pas de votre santé.

Les relations et le respect de votre vie privée peuvent nécessiter de nouveaux accords

Vos proches peuvent souhaiter des nouvelles fréquentes ou proposer une aide qui ne correspond pas à vos besoins. Vous pouvez vouloir être accompagné à un rendez-vous et préférer être seul à un autre. Ces souhaits peuvent évoluer. Des échanges clairs sur l’aide pratique, le partage d’informations et le soutien émotionnel peuvent réduire les malentendus, sans faire porter à la famille la responsabilité d’assurer les soins.

Un soutien aux familles peut répondre aux besoins propres des proches et faciliter la communication lorsque cela est pertinent. Vous devez rester associé aux choix concernant vos soins. Les recommandations du NICE sur la décision partagée encouragent les professionnels à vous demander si vous souhaitez impliquer d’autres personnes et à faciliter votre participation selon des modalités qui vous conviennent. [4] Être soutenu ne signifie pas confier automatiquement vos décisions ou vos informations personnelles à quelqu’un d’autre.

Accepter des soins psychologiques ne remet pas en cause la réalité de la maladie physique

Une prise en charge psychologique peut porter sur la dépression, l’anxiété, les moyens de faire face à la maladie et la participation aux activités, en complément des soins médicaux. Elle ne doit pas vous imposer d’accepter que vos symptômes sont imaginaires ou qu’un changement de pensées guérira la maladie sous-jacente. Si un thérapeute intervient, demandez-lui ce qu’il prend en charge, comment son approche tient compte de votre maladie et comment il communique avec les professionnels médicaux concernés. [1,3]

Le guide sur l’accompagnement psychologique en cas de maladie chronique présente les approches possibles. Certaines maladies peuvent nécessiter une expertise spécifique. Une affirmation générale de prise en charge des maladies chroniques est donc moins utile qu’une présentation claire de l’expérience du professionnel et de son champ de compétences. Le soutien doit être adapté aux besoins liés aux capacités cognitives, à la communication, à la fatigue ou à la mobilité, plutôt que de supposer qu’un même format convient à tous.

Quand demander une aide supplémentaire

Une humeur durablement dépressive, une perte d’intérêt, une anxiété invalidante ou des difficultés croissantes à gérer le quotidien justifient de parler de votre santé mentale avec un professionnel. Les pensées d’automutilation ou de suicide nécessitent une attention directe, même si elles semblent compréhensibles dans le contexte de la maladie. En cas de danger immédiat ou si vous ne pouvez pas rester en sécurité, il faut contacter les services d’urgence locaux, et non envoyer une demande habituelle via un site internet. [1,2]

De nouveaux symptômes physiques ou une dégradation rapide de votre état justifient également une évaluation médicale appropriée. Une explication déjà avancée en lien avec la santé mentale ne doit pas empêcher d’évaluer une évolution de la maladie sous-jacente ou les effets d’un traitement. Le programme de soins doit distinguer les contacts habituels des contacts d’urgence, afin que vous sachiez vers quel professionnel ou service vous tourner lorsque le problème diffère de ce que vous connaissez habituellement.

Un premier échange peut partir de ce qui compte le plus pour vous

Vous pouvez préparer une brève description de votre maladie, de vos difficultés émotionnelles et d’une ou deux questions auxquelles vous souhaitez obtenir une réponse. Mentionnez les professionnels qui vous suivent déjà et vos besoins pratiques. La page consacrée à l’évaluation propose de consigner des notes facultatives, sans attribution de score, mais aucun formulaire n’est obligatoire. Vous pouvez demander du soutien sans diagnostic psychologique et sans disposer d’un historique médical complet.

Le parcours d’évaluation privé de VAYEMA permet d’échanger sur les soins psychologiques qui pourraient convenir, avec une disponibilité et un périmètre de prise en charge confirmés au cas par cas. La coordination des soins peut aider à articuler les rendez-vous et les échanges convenus. La recommandation doit préciser les prochaines étapes utiles, les coûts et les responsabilités, plutôt que d’ajouter automatiquement un ensemble de services à un programme de soins déjà exigeant.

Questions fréquentes sur la maladie chronique et la santé mentale

Avoir besoin d’un soutien émotionnel signifie-t-il que je n’arrive pas à faire face ?

Non. Demander du soutien peut être une réponse concrète à une situation exigeante. Vous n’avez pas à attendre une crise, ni à rester positif en permanence, pour qu’une prise en charge soit pertinente. Un échange peut se concentrer sur vos besoins sans vous juger par comparaison avec d’autres personnes.

Comment reconnaître une dépression lorsque la maladie provoque de la fatigue ?

Le professionnel examine l’humeur, la capacité à éprouver du plaisir, les pensées, la durée des difficultés et leurs répercussions sur la vie quotidienne, en tenant compte des symptômes physiques communs et des effets des médicaments. La fatigue seule ne permet pas de trancher le diagnostic. Une évaluation attentive peut reconnaître une dépression sans supposer que tous les symptômes sont psychologiques ni minimiser la maladie physique sous-jacente.

La thérapie guérira-t-elle ma maladie physique ?

Elle ne doit pas être présentée ainsi. Selon l’évaluation, une thérapie peut aider à prendre en charge la dépression ou l’anxiété, à faire face à la maladie ou à atteindre des objectifs précis dans la vie quotidienne. Elle complète les soins médicaux indiqués, sans les remplacer. Demandez une explication claire de l’objectif du traitement proposé, des données qui le justifient et de ses limites.

Puis-je demander de l’aide même si je suis malade depuis des années ?

Oui. Les besoins émotionnels et pratiques peuvent évoluer, et il n’est pas nécessaire de demander de l’aide uniquement au moment du diagnostic. De nouvelles contraintes de traitement, des changements dans vos relations ou dans votre vie peuvent rendre un soutien utile plus tard. La prise en charge doit répondre à votre situation actuelle, sans partir du principe que vous devriez déjà vous être adapté.

Ma famille doit-elle avoir accès à tous mes rendez-vous ?

Non. L’implication de vos proches doit respecter vos souhaits et les modalités cliniques appropriées. Une personne de confiance peut vous aider dans les tâches pratiques ou participer à certains échanges sans recevoir toutes vos informations personnelles. Vos proches peuvent aussi demander un soutien distinct pour leurs propres préoccupations et pour définir leurs limites.

Que puis-je apporter à une première évaluation ?

Une brève présentation de votre maladie, de vos soins actuels et de ce qui vous pèse sur le plan émotionnel suffit pour commencer. Notez vos besoins pratiques d’accès aux soins et vos principales questions. Les comptes rendus existants peuvent être utiles lorsqu’ils sont pertinents, mais remplir un document préparatoire ou réunir un dossier médical parfait ne doit pas devenir un obstacle aux soins.

Ressources et références

[1] NIMH : comprendre la maladie chronique et la dépression

[2] NICE CG91 : dépression associée à une maladie physique chronique

[3] NHS England : coordonner les psychothérapies et les soins des maladies chroniques

[4] NICE NG197 : décision partagée et priorités personnelles

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